Les figures de style, Antigone

 

Les figures de style dans les œuvres intégrale

 

Antigone , Jean Anouilh

 

 La comparaison
oNounou plus  forte  que  la  fièvre,  nounou  plus  forte  que  le cauchemar…

 

oDonne-moi ta main comme lorsque tu restais à côté de mon lit.

 

o…et je suis là comme une idiote

 

oAntigone, je t'aime comme une femme.

 

oon dirait un film dont le son s'est enrayé

 

oj'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père…

 

o Tu me prends pour une brute/

 

otoute pareille à celles qui sont passées avant.

 

oTu as l'air d'un petit gibier pris.

 

otu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

 

oOn dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent.

 

qet te faire empoigner par eux comme une voleuse !

 

qTu es encore puissant, toi, comme lorsque j'étais petit

 

qhurle soudain comme un fou…..ça tremblait comme de la  gélatine

 

qelle se débattait comme une  diablesse,

 

qOn aurait dit une petite bête qui grattait

 

qdes fils rouges qui lui font comme un collier  d'enfant,

 

qil n'a jamais tant ressemblé au petit garçon d'autrefois,

 

qCréon ne peut pas éviter ce regard comme la lame.

 

 

La gradation

 

 

 

oavec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène

 

oque Polynice, le vaurien, le révolté,  le  voyou,

 

oTu n'étais pourtant pas comme les autres, toi, à t'attifer toujours devant la glace, à te mettre du rouge aux lèvres, à chercher à ce qu'on te remarque.

 

oTes sourcils joints, ton regard droit devant toi et te voilà lancée sans écouter personne.

 

oTu es fiancée, tu es jeune, tu es belle...

 

oC'est propre, la tragédie. C'est reposant, c'est  sûr...

 

o tu vas rentrer chez toi, te coucher, dire que tu es malade, que tu n'es pas sortie depuis  hier.  Ta  nourrice  dira  comme  toi.  Je  ferai disparaître ces trois hommes.

 

o je lui aurais enlevé ses chaussures, je lui aurais fait à manger, je lui aurais préparé son lit...

 

o tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris.

 

 

 

 

oSeulement tu as pensé que tu  étais de race royale, ma nièce et la fiancée de mon fils,

 

o Et tuer votre père et  coucher avec votre mère et apprendre tout cela après.

 

oPour les  autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre  moi?

 

oj'aime ce qui est   propre, net, bien lavé.

 

oAprès, tu as dû les admirer avec leurs premières cigarettes, leurs premiers pantalons longs ;

 

oet puis ils ont commencé à sortir le soir, à sentir l'homme, et ils ne t'ont plus regardée du tout.

 

ole bon frère,  le fils d‘ Œdipe, le prince royal.

 

ovotre espoir, votre cher espoir, votre sale  espoir !

 

oEst-ce qu'on ne peut pas  imaginer quelque chose, dire qu'elle est folle, l'enfermer ?

 

odur et sans âme, une petite brute

 

oil a retroussé ses manches, et il a pris leur place

 

o

 

L’anaphore

 

üElle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure,

 

üFais la folle ! Fais la folle

 

üDonnez-vous du mal ; donnez-vous du mal pour les élever !

 

üC'est ça, hein, c'est ça ?

 

üNounou, tu ne devrais pas trop crier. Tu ne devrais pas être trop méchante ce matin.

 

üGarde tes larmes, garde tes larmes ;

 

üToutes les deux alors ! ... Toutes les deux vous allez devenir folles

 

 

 

üplus  forte  que  la  fièvre,  nounou  plus  forte  que  le cauchemar, plus forte que l'ombre de l'armoire qui ricane et se transforme d'heure en heure sur le mur, plus forte que les mille insectes du silence qui rongent quelque  chose, quelque part dans la nuit, plus forte que la nuit elle-même avec son hululement de folle qu'on n'entend pas ; nounou plus forte que la mort.

 

 

oTu m'as juré de ne pas me demander pourquoi. Tu m'as juré, Hémon !

 

oSors. Sors tout de suite sans rien dire

 

oSi tu parles, si tu fais un seul pas vers moi,

 

oJe te le jure, Hémon. Je te le jure sur la tête du petit garçon

 

oSi, Hémon. Si, mon petit.

 

oNe me juge pas, Hémon. Ne me juge pas, toi aussi.

 

oque je t'admire, que je t'admire encore!

 

oje ne veux plus voir leurs visages, je ne veux plus entendre leurs cris, je ne veux plus voir personne !

 

oEnlevez les pierres ! Enlevez les pierres

 

 

La périphrase

 

Øc'est Hémon, le fils de Créon

 

ØIl joue au jeu difficile de conduire les hommes

 

Øla femme de Créon

 

Øce  sont les auxiliaires de la justice de Créon

 

Øsi tu veux voir un monde sans couleurs

 

Ø Tu as peut-être cru que d'être la fille d'Oedipe,
la fille de l'orgueil d'Oedipe,

 

Øce roi bafoué qui t'écoute, ce vieil homme qui peut tout et qui en a vu tuer d'autres

 

Øle bon frère,

 

Øle fils d'Oedipe, le prince royal.

 

ØHémon regarde ce vieil homme tremblant à l'autre bout de la caverne,

 

Accumulation/énumération

 

 

oquand  il  n'était   que   le  premier  personnage de la cour, il aimait la musique, les belles  reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires  de Thèbes.

 

oElle est bonne, digne,  aimante.

 

oils ont des femmes, des enfants, et des petits  ennuis comme tout le monde

 

o,tout est déjà rose, jaune, vert

 

oCe qui lui passe par la tête, la petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise

 

onous sommes tous , autour de  toi, Hémon, nounou et moi, et Douce, ta chienne Nous  t'aimons

 

oLa  mort,  la  trahison, le désespoir sont , tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences

 

oDans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants  acharnés, cette innocence            persécutée, ces vengeurs, ces  terre-neuve, ces lueurs d'espoir,

 

ovotre politique, vos nécessités, vos pauvres  histoires ?

 

 

 

Accumulation/énumération

 

 

oEt vous, avec votre  couronne, avec vos gardes, avec votre attirail,

 

oUn petit fêtard imbécile, un petit carnassier

 

oC'est ignoble, n'est-ce  pas, ces cris, ces sursauts, cette lutte de chiffonniers

 

oEt votre agitation, votre bavardage, votre vide

 

oTous ces soins, tout cet orgueil, tous ces  livres pleins de héros

 

oon  a  d'autres  avantages. Logement, chauffage, allocations

 

odes fils bleus, des  fils verts, des fils rouges

 

oUne bonne femme parlant toujours de son jardin, de ses confitures, de ses tricots, de ses éternels tricots pour les pauvres.,,,

 

o Il a laissé ses livres, ses objets,

 

oce passeport dérisoire, ce bredouillage en série sur sa dépouille, cette pantomime dont tu aurais été la première à avoir honte

 

ola vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison.

 

 

L'hyperbole

 

oIsmène riait aux éclats,/c'est bête, monstrueusement bête

 

ole plus tranquillement du monde tout à l'heure.

 

oils sont dépourvus  de toute imagination Ce sont les auxiliaires toujours  innocents et toujours satisfaits d'eux-mêmes, de la justice

 

oil  serait  fait d'imposantes funérailles

 

oTout était gris ce serait tous les matins aussi  .

 

oEt il n'y avait que moi dans toute la campagne à penser que c'était le matin. C'est merveilleux,  nourrice. J'ai cru au jour la première aujourd'hui

 

 

oNe laisse pas couler tes larmes dans  toutes les petites rigoles

 

oToutes les deux alors ! ... Toutes les deux vous allez devenir folles

 

oIls sont des milliers et des milliers autour de nous, grouillant dans toutes les rues de Thèbes

 

oIls nous prendront avec   leurs mille bars, leurs mille visages et leur unique regard.

 

 

o__ Là. De toute ma force./ cette grande  confiance qui m'inonde

 

oJe suis toute rouge de honte.

 

oTu braves tout toujours, mais tu es toute petite, Antigone

 

oJe n'aurai pas du courage éternellement,

 

oc'est vrai. Vous êtes le roi, vous pouvez tout, mais cela, vous ne le pouvez pas.

 

 

Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Moi, je veux tout, tout de suite, -et que ce soit

 

entier- ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste,  moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite -ou mourir. Je suis trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t'admirer.

 

l'embrassant dans une immense flaque rouge.

 

C'est drôle comme les pauvres ont éternellement besoin de tricots.

 

La métaphore

 

qC'est devenu une carte postale

 

qAllons, ma vieille bonne pomme rouge.

 

qMa colombe !

 

qles gardes avec leurs têtes d'imbéciles  ,leur regard de bœuf

 

qcette grande confiance qui m'inonde

 

qleur enfant, avec sa gueule de tueur  appointé

 

qL'orgueil d'Oedipe. Tu es l'orgueil d'Oedipe.

 

qL'humain vous gêne aux entournures de la famille.

 

qTu ne t'es pas regardée, moineau

 

qparce que j'ai refusé à ton frère ce passeport dérisoire,

 

qOrgueilleuse ! Petite Oedipe ! petite peste

 

q veux-tu en venir, petite furie ?

 

qVous êtes , à boire mes paroles.

 

qmoi je suis reine.

 

 

qIl faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque.

 

 

 

qIl faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtise, de misère... Et le gouvernail est qui ballotte. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce, pour tirer au moins leurs os de . Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble

 

( métaphore filée)

 

qTu as ce trésor, toi, encore.

 

qC'est pour cela que je buvais tes paroles.

 

qLa vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler  sans le  savoir, entre leurs doigts ouverts. la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison.

 

q Vous avez des  têtes de cuisiniers !
ØTu m'ordonnes, cuisinier ?

 

ØAllons vite, cuisinier ! Appelle tes gardes !

 

ØAllons, cuisinier, puisqu'il le faut !

 

ØNous allons tous porter cette plaie au côté, pendant des  siècles.

 

ØCette grande force et ce courage, ce dieu géant qui m'enlevait dans ses bras et me sauvait des monstres et des ombres, c'était toi ?

 

Ø Cette odeur défendue et ce bon pain du soir sous la lampe, quand tu me montrais des livres dans ton bureau, c'était toi, tu crois ?

 

ØO tombeau ! O lit nuptial ! O ma demeure souterraine !

 

ØAlors Hémon le regarde avec ses yeux d'enfant,

 

La personnification

 

dans une maison qui dort

 

Le jardin dormait encore

 

C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.

 

et  je  me  suis  glissée  dans  la campagne sans qu'elle s'en aperçoive...

 

L'humain vous gêne aux entournures de la famille.

 

 

La litote

 

 

 

Non. Pas mauvaise

 

Tu ne devrais pas être trop méchante ce matin.

 

je n'étais pas déjà morte,

 

Je ne me moque pas.

 

Je ne veux pas mourir.

 

Moi aussi j'aurais bien voulu ne pas mourir.

 

Elle n'avait qu'à ne pas désobéir.

 

Cela ne me fait même plus mal

 

L’antiphrase

 

 

qLA NOURRICE, éclate. __ Ah ! c'est du joli ! c'est du propre ! Toi, la fille d'un roi !
qLE GARDE __ La fille d'Oedipe, oui !

 

L’ oxymore

 

Je tiens ta bonne main rugueuse qui sauve de tout

 

Un vrai petit garçon pâle qui crachera  devant mes fusils.

 

Un grand apaisement triste tombe sur Thèbes

 

le vainqueur, déjà vaincu

 

toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien

 

 

L'antithèse

 

oC'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Toi, tu es une fille

 

oJe suis noire et maigre. Ismène est rose et dorée comme un fruit.

 

oVous êtes le roi, vous pouvez tout, mais cela, vous ne le pouvez pas

 

oJ'ai le mauvais rôle, c'est entendu, et tu as le bon.

 

oIl pleurait. Et, dans un coin du bureau, Polynice, ricanant, qui allumait une cigarette

 

oTu as choisi la vie et moi la mort

 

oet avec le même sourire, à peine un peu plus triste...

 

 

La métonymie

 

odans une maison qui dort

 

oet  je  me  suis  glissée  dans  la campagne sans qu'elle s'en aperçoive...

 

oTu penses que toute la ville hurlante contre toi

 

oMais pourquoi veux-tu que toute la maison lui parle comme toi, à cette bête ?

 

oil faut que tout Thèbes sente cela pendant quelque temps.

 

oTout Thèbes sait ce qu'elle a fait

 

oUn grand apaisement triste tombe sur Thèbes

 

o

 

Synecdoque

 

ØJe tiens ta bonne main rugueuse qui sauve de tout

 

ØUn vrai petit garçon pâle qui crachera devant mes fusils.( synecdoque et métonymie)

 

Øtoutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien

 

Øcette viande qui pourrit au soleil ?

 

o

 

L’euphémisme

 

qTu n'as donc pas envie de vivre, toi ?

 

qMaintenant, je vais te dire encore deux choses.

 

qPolynice aujourd'hui a achevé sa chasse. Il rentre à la maison où mon père et ma mère, et Étéocle aussi, l'attendent. Il a droit au repos.

 

qAntigone ne peut plus vivre. Antigone nous a déjà quittés tous.

 

qIls sont lavés, maintenant, reposés

 

qIls dorment tous.

 

 

La répétition

 

Øet se dresser seule en face du monde, seule en face de  Créon

 

Øet puis un  soir, un soir de bal où il n'avait dansé qu'avec Ismène

 

Øil se demande s'il n'est pas vain de conduire les hommes. Si  cela n'est pas un office sordide qu'on doit laisser

 

ØCréon est seul. Seul avec son petit page

 

ØCe sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d'eux-mêmes

 

ØLa nuit ! C'était la nuit !

 

ØComprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille.

 

Øje t'ai coupé tes cheveux, tes beaux cheveux...

 

Øque jamais, jamais, je ne pourrai t'épouser.

 

ØTout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir.